Appel aux Citoyens Congolais
APPEL AUX CITOYENS CONGOLAIS
30 juin 1960 – 30 juin 2008
La République Démocratique du Congo n'a de « démocratie » que le nom ! Ici on assassine les journalistes et activistes des droits de l'homme, là bas les acteurs et sympathisants politiques sont traumatisés, traqués pour leurs convictions.
Les congolaises et les congolais sont livrés à leurs bourreaux sans réaction vigoureuse ni de l'opposition, ni de la société civile, ni de la communauté internationale, pourtant chantre du libre arbitre. Le citoyen congolais se souvient encore de la joie et de l'espérance contenues dans la chanson emblématique de Grand Kallé « indépendance cha - cha ! » Que de l'espoir chanté !
Les changements intervenus au niveau des hommes du pouvoir n'ont apporté ni paix, ni justice, ni liberté et encore moins le progrès. Tout se passe comme s'il existait un engagement pour la dictature et la misère au Congo.
Cet état des faits interpelle le citoyen à une introspection pour rendre efficace la lutte pour la démocratie et anhiler cette stagnation mentale de la classe politique, 48 ans après l'indépendance nationale.
« Nemo dat quod non habet »
L'on ne peut donner que ce que l'on a.
Cependant, depuis l'ascension du peuple congolais à sa souveraineté, certains hommes et femmes, politiques, religieux et laïcs se sont levés pour conjurer les dictatures. Pour bon nombre, malheureusement, il s'est agi d'un combat personnel contre des hommes et non pas pour mettre un terme à la dictature et à ses anti-valeurs. C'est la politique du « ôte-toi de là pour que je m'y mettes ».C'est ainsi qu'au lendemain de différents « changement », les tares décriées reviennent toujours…en force !
Quel est ce « Président » ou « Secrétaire général » d'un parti politique congolais qui peut affirmer que son parti fonctionne conformément à ses statuts, ses règlements d'ordre intérieur ! Les organes théoriques sont reconnus, mais ne fonctionnent guerre. Les décisions sont centrées autour du président et sa cour. Nul n'entretien un espace d'expression interne qui permette aux citoyens de s'exprimer librement et d'apporter ainsi leur contribution au débat démocratique et au progrès commun. Au lieu de cela, c'est l'obscurantisme, le culte du chef incontesté, le guide éclairé.
Et vous, madame, monsieur, acteur politique, journaliste, activiste des droits de l'homme du monde civilisé, pourquoi n'auriez-vous pas vis-à-vis des principes démocratiques, au Congo, une préoccupation majeure, telle que vous ne cessez de l'afficher pour le Darfour, le Tibet, le Zimbabwe ?
Nouveaux rapports Gouvernants – Gouvernés
Quelles émotions suscitent en vous toutes ces images devenues « familières » de destruction, de terreur et de vies fauchées gratuitement ? La résignation, peut-être.
Ce sentiment se répand de plus en plus. La résignation devant ce que l'on ne maîtrise, ni ne contrôle ; la peur du changement véritable, peur de l'engagement total. Cette résignation pousse à détourner le regard, à fermer les yeux et les oreilles.
Certains défenseurs extérieurs du système basé à Kinshasa jouent à l'autruche en invoquant la souveraineté ou l'indépendance nationale, comme bouclier empêchant quiconque de jeter un regard interrogateur sur la gestion ou plutôt sur l'absence de gestion de la res publica. Paradoxalement, autant la répression s'abat sur lui, autant le concept de liberté pour tous n'a jamais été aussi répandu dans le subconscient collectif du peuple congolais.
Cette indifférence est aussi source d'un sentiment négatif très présent : l'injustice.
La liberté de quelques uns est trop grande que celle de la majorité silencieuse.
Il y a des morts qu'on pleure et d'autres pas. Il y a des criminels qu'on arrête et d'autres sont intouchables. Le tout dépend en effet du camp politique que vous avez choisi. D'autres sentiments négatifs sont la culpabilité, le découragement, le déni, la pitié, le renoncement…
Plus pervers, par ses effets, est ce sentiment de bonne conscience qu'on se paye à petit prix : on condamne un assassinat, un massacre, on publie un communiqué de protestation contre une arrestation arbitraire, on applaudit de deux mains ceux-là qui risquent leurs vies pour la liberté de tous ; mais l'on ne remet pas en question l'action politique ni son mode de lutte pour autant.
Et vous, êtes-vous confiant, madame, monsieur épris de liberté et de tolérance?
Etes-vous conscient et fiers de vous, acteurs politiques congolais?
Ou bien, comme nous, êtes-vous préoccupé (e), en colère peut-être ?
Désormais, prenez conscience que la République démocratique du Congo est malade ; elle souffre d'un énorme déficit de liberté et d'une grande injustice sociale.
Le citoyen congolais aura besoin du dynamisme, de la créativité et du soutien de tout démocrate pour aider la nation à vivre cette nouvelle révolution qui l'attend. Par-dessus tout, le congolais devra s'armer de courage et de sens du sacrifice pour cette ultime bataille. Il s'agit ni plus ni moins de s'attaquer aux causes de la dictature pour une profonde révision comportementale et sociétale de notre civilisation. En effet, il est temps de « décoloniser notre imaginaire » comme l'a bien dit Serge Latouche, économiste français, pour pouvoir imaginer un autre monde basé sur des valeurs de solidarité, d'égalité, de démocratie, de respect de notre environnement, de sobriété.
Le temps du choix
Sommes-nous prêts, chers(e) compatriotes, à changer la peur en colère ; non en colère destructrice mais en énergie d'action ? Sommes-nous prêts à nous laisser transformer par une révolution psychologique et physique, un basculement majeur, devenus inévitables ? En soi, sommes-nous prêts à penser et agir autrement !
Et vous, Citoyen libre, auriez-vous la lucidité et le courage nécessaires à l'action ?
Lucidité de reconnaître la responsabilité de la classe politique tant congolaise qu'occidentale, toutes tendances confondues depuis 1960 à nos jours.
Lucidité de reconnaître que le dénie démocratique renforce la crise socio-économique. Pour certains, parler aujourd'hui de démocratie aux congolais qui croupissent dans la misère, les massacres, le chômage, les exclusions serait un luxe.
Pour nous, le luxe et l'indécence seraient au contraire de faire l'impasse sur cette crise aigue de liberté et d'égalité.
Sensibilisation
A ce jour, il nous faut vouloir :
Vouloir faire surgir de partout des alternatives pour un paradigme de civilisation.
Vouloir une autre génération des politiques, dynamiques, aux pratiques modernes, sensibles aux principes de bonne gouvernance et de tolérance.
Vouloir un autre système qui mettra un terme à 48 ans de jeu de chaises musicales durant lequel les mêmes causes ont produit les mêmes effets.
Cette tâche de mobilisation revient à tout citoyen : politicien, activiste de la société civile, religieux, étudiant, journaliste, enseignant…et ce, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, au delà de toute considération partisane.
Vous placerez ce combat au dessus des clivages traditionnels, des appétits égoïstes de pouvoir pour le pouvoir. D'ores et déjà, saluons, vraiment, le courage qu'il vous faudra à chacune et à chacun pour mettre en avant la cause démocratique au détriment parfois, et même souvent, des intérêts particuliers mais légitimes de vos organisations.
L'heure est à une nouvelle attitude politique et citoyenne, centrée sur l'essentiel des enjeux, dépassant le combat des hommes pour des hommes, mais fédératrice des forces vives, de dynamisme nouveau et créatif, capable d'insuffler un élan populaire : Engageons-nous pour la démocratie en République démocratique du Congo !
Mesdames, Messieurs, ayez cette lucidité, ayez ce courage de prendre connaissance de cet engagement et de vous positionner clairement par rapport à celui-ci.
Vous le ferez en votre âme et conscience, avec un grand sérieux et la joie plein le cœur.
De notre urgent et déterminant réveil dépendra l'avenir du Congo futur.
Michel Moto Muhima
Chef du Bureau / Europe
Patriotes Résistants Maî Maî

Commentaires