Liberté de presse et contrôle de l'information: il faut rejeter le modèle Kabila!
Liberté de presse et contrôle de l'information: il faut rejeter le modèle Kabila!
Le déontologisme (dérivé d'un mot grec signifiant obligation ou devoir) est la théorie éthique qui affirme que chaque action humaine doit être jugée selon sa conformité (ou sa non-conformité) à certains devoirs. Le déontologisme s'oppose ainsi au conséquentialisme, qui affirme que les actions humaines sont à juger uniquement en fonction de leurs conséquences
On ne rappellera jamais assez que la liberté de presse est un fondement de la démocratie délibérative parce qu'elle permet de questionner le gouvernement au nom des citoyens. Elle s'inscrit dans une logique d'obligation de rendre des comptes, de transparence et de bonne gouvernance. Or, depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2001, l'actuel régime manifeste une attitude à l'égard des médias qui a pour conséquence directe d'entraver la liberté de presse et de priver les citoyens de leur droit à une information de qualité.
La presse assure une essentielle vigie sociale et procure un contrepoids politique, rôles que les partis d'opposition et la société civile ne sont pas toujours en mesure d'assumer pleinement. Aussi, la presse, écrite et orale, joue un rôle social qu'aucune autre institution ne peut assumer pour favoriser la compréhension des affaires publiques.
L'arrivée au pouvoir de l'Afdl en 1997 a considérablement transformé le processus dans lequel s'étaient engagé l'Etat congolais (zaïrois à l'époque) avec les médias privés depuis le lancement de la démocratisation en 1990. La liberté de la presse était entrain de devenir une réalité et à ce jour, avec le recul, beaucoup d'hommes des médias le reconnaissent. Certes, la classe politique a toujours entretenu une certaine réserve, pour ne pas dire beaucoup de méfiance, à l'égard des milieux journalistiques.
Cela était, dans une certaine mesure, de bonne guerre. Mais cette méfiance fait aujourd'hui place à une volonté de contrôle sans précédent de l'information politique en Rdcongo, une obsession qui se manifeste par un resserrement significatif de l'accès à l'information et une répression sans précédent contre les journalistes libres et indépendants.
Un contrôle excessif de l'information.
Les conférences de presse présidentielles et gouvernementales sont devenues de mono dialogues. C'est ici que commence le premier contrôle de l'information.
Les journalistes doivent désormais s'inscrire pour espérer poser leurs questions, après quoi leur sort dépend du bon vouloir de l'attaché de presse. De surcroît, à l'extérieur, les journalistes ne peuvent plus poser de questions secondaires.
Dans ce contexte, la liberté de presse se limite à une seule question par journaliste, peu importe la pertinence de la réponse. L'autorité congolaise peut se contenter de lancer quelques phrases sur un thème donné.
Journalistes comme citoyens devront s'en contenter!
De plus, M. Kabila a pris l'habitude de procéder à l'annonce de plusieurs grandes politiques publiques à l'extérieur de la capitale fédérale. La conférence de Goma suite à la débâcle de Mushaki, les conseils de ministres à Matadi, Bandundu ville, et kananga. Respectivement après le massacre du Bas Congo, les expulsions massives et humiliantes des congolais d'Angola et le énième crash d'avions dans le ciel congolais à kananga.
Une autre forme de contrôle de l'information s'exerce ici. Pour des raisons financières, seuls les médias « sponsorisés » peuvent dépêcher des journalistes pour couvrir ce type d'événement. La diversité des sources d'information se retrouve ainsi fortement diminuée.
Par ailleurs, ce sont des journalistes «locaux», dont l'expertise en affaires publiques nationales est moins solide, qui doivent «challenger» les hommes du pouvoir sur des enjeux congolais, voire régionaux. Pour M. Kabila et ses stratèges, le contrôle de l'information est plus facile à réaliser face à des journalistes moins nombreux et moins expérimentés que ceux de la capitale.
La majorité au pouvoir utilise cette presse contrôlée enfin de totalement occuper l'espace du cerveau des congolais consacré a leur opinion politique, tout en empêchant d'autres canaux de communiquer avec les congolais.
Les journaux de grande parution, sont souvent convoqués en dernière minute pour participer à une conférence de presse dont le sujet principal n'est jamais annoncé. Avides de combler leur temps d'antenne, ils ne prennent pas le risque de manquer une annonce importante et dépêchent une équipe pour couvrir l'événement en direct. Les journalistes n'ont pas le temps de se préparer adéquatement et les réseaux ont moins de latitude pour déterminer la pertinence de répondre ou non à la convocation de presse.
Un enjeu démocratique.
Ce contrôle de l'information a toujours été fortement dénoncé par les organisations de défense de la presse, tant nationales qu'internationales. Mais le droit du public à l'information n'appartient ni à M. Kabila ni aux seuls médias, qui ont eux aussi des obligations de qualité, de diversité et d'intégrité à ce chapitre.
À l'approche inéluctable du prochain et sérieux rendez-vous électoral, la société civile doit à présent prendre le relais et interpeller l'ensemble des partis politiques sur le type de transparence politique et d'accessibilité qu'ils entendent afficher au cours du prochain mandat.
Cet enjeu démocratique est d'autant plus fondamental que l'électeur est pris en souricière, d'une part, par l'accélération de la concentration et de la convergence des médias, qui limitent la qualité et la diversité de l'information, et, d'autre part, par un pouvoir politique qui limite l'accès à l'information.
Voilà pourquoi nous intervenons aujourd'hui dans l'espace public pour rappeler que, sans information à la fois libre, variée et de qualité, toute démocratie étouffe sous les abus de pouvoir de ceux qui échappent à leurs obligations de transparence et d'imputabilité.
Nous invitons nos concitoyens soucieux de la vigueur de leur démocratie à exiger de tels engagements de la part de ceux et celles qui solliciteront un jour leur vote.
Des études montrent que davantage de liberté de presse signifie moins de corruption. La liberté de la presse a également une influence positive sur les revenus, la mortalité infantile, et l'alphabétisation des adultes, selon James D. Wolfensohn, ancien Président de la Banque mondiale.
Alors que nous avons célébré la Journée Mondiale de la Liberté de la Presse le 3 mai et nous nous préparons à célébrer la journée nationale de la presse ce 22 juillet en RDCongo avec comme thème mondial de campagne "La liberté de la presse est payante", voici une excellente occasion de réfléchir au rôle catalyseur que les médias libres et indépendants peuvent jouer en faveur du développement économique, notamment dans la lutte contre la pauvreté et la corruption.
Quel est le lien, donc, entre la liberté de la presse et la pauvreté économique ? La réponse réside en grande partie dans la corruption, et la lutte menée contre elle. Des études de la Banque mondiale montrent par exemple que plus le niveau de liberté de presse dans les pays est élevé, plus le contrôle exercé sur la corruption, et donc sur les rares ressources affectées aux questions de développement prioritaire, est important.
La presse libre n'est pas uniquement un moyen d'expression, mais elle est aussi une source de responsabilisation, un vecteur de participation civique, et un moyen de contrôler la corruption officielle. La presse libre contribue également à établir des institutions plus efficaces et plus solides.
Aussi, le pouvoir congolais qui affirme vouloir lutter contre la corruption, l'impunité et toutes les antivaleurs autrefois décriées et qui sont la panacée du régime, se doit de démontrer, non pas par ses nombreux et identiques discours, mais par ses actions, son soutien à une presse réellement libre et responsable.
Le respect de la liberté d'expression est le premier baromètre d'honorabilité d'un pouvoir sur la scène nationale et internationale.
Aussi, réaffirmons notre engagement pour la démocratie en RDCongo en signant cette pétition :
http://www.lapetition.be/en-ligne/engagement-pour-la-dmocratie-en-rdc-2605.html
Michel Moto Muhima
Chef du Bureau/Europe
Patriotes Résistants Maî Maî
Article ajouté le 2008-07-13 , consulté 100 fois
Commentaires
Kambale jacques le 13/07/2008 à 13:03:45En ma qualité d'homme des médias, je suis particulièrement sensible à cette question de liberté de la presse chez nous en rdc. Je vous encourage monsieur Moto.
Bravo!
Jacques K.
Liens
Afficher une version imprimable de cet article
Retour aux articles
|
Espace de gestion
Créer un blog gratuit avec Blog4ever - Meeting politique